21.02.2012
Nicolas Anelka, ce coupable idéal
Parmi ces rituels rassurants de notre quotidien, il existe des rendez-vous rares qui invitent à l’évasion sans brusquer. Qui proposent sans imposer. Deux chroniques publiées régulièrement dans l’Equipe appartiennent à cette seconde catégorie. Il y a l’instantané rond et subtil que Didier Braun loge quotidiennement dans sa « lucarne ». Et puis l’envolée du mardi de Vincent Duluc, riche de ses multiples perspectives, toujours délicieusement alambiquées.
Cette semaine, le chef de la rubrique football s’attarde sur la personnalité de Nicolas Anelka. Il se sert du documentaire de Canal +, l’Entrée des Trappistes, pour tenter de pénétrer la psyché de l’insaisissable Nico. On plonge dans un flash-back au cœur d’une conversation avec ses contemporains Jamel Debbouze et Omar Sy, lorsque l’attaquant des Shanghai Shenhua pointe du doigt la soirée qui a tout changé.
Fascinante surprise, le point de rupture – qui conduira à la catastrophe de Krysna – est en réalité un soir de victoire. Mieux un soir de triomphe personnel. Ce 14 novembre 2010, Nicolas Anelka inscrit le seul but d’un succès capital à Dublin en barrage-aller de la Coupe du Monde. « J’avais le sentiment d’avoir fait quelque chose de bien pour mon pays (…) Et non, ce n’était pas assez. Les mecs, la presse, n’avaient pas envie que ce soit moi. A partir de ce moment, je me suis dit rien à foutre. »
Quel crime a donc commis Nicolas Anelka dans la nuit irlandaise ? Il tient en un mot : « dézoner ». Seul attaquant nominal de l’équipe, le joueur de Chelsea n’avait alors cessé d’aller rechercher le ballon loin au cœur de son milieu de terrain. « Caprice d’enfant gâté », « ingérable tactiquement », s’était sentie obligée de railler la presse spécialisée, trop contente de prendre cette attitude comme preuve irréfutable de l’absence de gestion de Raymond Domenech. Facile. Trop facile.
Or un coup d’œil rétrospectif sur cette fameuse rencontre, montre tel un miroir grossissant les lacunes que l’équipe de France affichera jusqu’à son implosion. Jeu stéréotypé, incapacité à s’infiltrer dans les intervalles et rythme monotone. Un seul journaliste a-t-il envisagé ce soir-là que Nicolas Anelka avait « dézoné » pour créer cette étincelle introuvable, pour bouger les lignes et provoquer le décalage ? Non. Car dans l’imaginaire collectif Nicolas Anelka n’est pas capable de penser à autre chose qu’à lui. Il n’est pas Didier Deschamps et ne sait pas « penser collectif ». Ne pas avoir envisagé cette lecture me choque. Elle confine à la faute professionnelle, pire, au délit de sale gueule.
Pour le Docteur, son secrétaire de l'au-delà
Mathieu Aeschmann
11:49 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : nicoals anelka, raymond domenech, l'equipe, vincent duluc, didier braun, irlande-france, dézoner