11.01.2012

Messi ou le dilemme de l'admirateur

messi.jpgObserver Lionel Messi à l'oeuvre est un régal. Le genre de bonheur simple qui transcende les présupposés tactiques et réconcilierait presque les dogmes partisans. Quand le talent s'incarne avec une telle évidence, il laisse bouche bée. Unifiant dans un silence admiratif le peuple des suiveurs.

Pourtant lundi soir, l'image de "la puce" présentant son troisième Ballon d'or à l'aréopage cravaté du football mondial suscita en moi un dilemme, capable de se transformer en débat de chiffonniers. Pour devenir un jour le "plus grand de tous les temps", Lionel Messi doit-il rester ou partir? Autrement dit, pour être admiré au plus près de ses extraordinaires aptitudes, le soliste de Rosario doit-il à jamais s'inscrire dans le collectif hors norme du FC Barcelone? Ou au contraire, prouver qu'il est capable de transcender le jeu de n'importe quel autre grand d'Europe?

La première hypothèse promet un déluge d'actions aux confins de la complicité. Enfant de la Masia, Lionel Messi est l'ornement au sommet d'une cathédrale érigée avec patience et savoir-faire. Il est le sublime rendu unique par la beauté qui l'entoure. Or à 24 ans, l'Argentin peut encore faire chanter le Camp Nou pendant presque une décennie. Thiago Alcantara aura alors remplacé Xavi. Et les accélérations de Victor Sanchez ou de Neymar auront eu raison des vieilles jambes de Don Andrés. Mais peu importe. Puisque les artistes passent et le tour de magie demeure.

La seconde anticipation privilégie l'expression individuelle, la logique économique et le risque. A priori moins romantique, elle se pare cependant d'un double argument ravageur. D'abord celui du doute, sournois et persistant, qu'il s'agit de lever. Et si Lionel Messi n'avait pas Xavi et Iniesta derrière lui? Brillerait-il autant ou se noierait-il dans trop de dribbles inutiles comme avec sa sélection Albiceleste? Ensuite celui fantasmatique du talent universel. Leo pourrait-il amener Rafael van der Vaart et Luka Modric sur le podium du Ballon d'or s'il jouait à Tottenham? Arsène Wenger et ses gamins gagneraient-ils enfin la Ligue des champions avec l'extraterrestre derrière Robin van Persie?

Avouez que ces fantasmes sont presque aussi attirants qu'un Messi à vie en blaugrana.

 

Pour le Docteur, son secrétaire de l'au-delà
Mathieu Aeschmann