07.11.2011 13:01 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : marcelo bielsa, pep guardiola, fc barcelone, athletic bilbao, jim jarmusch, tactique, sofoot, van gaal, tom waits, iggy pop
Bielsa, Guardiola et Jim Jarmusch

Plongée sous le déluge, la cathédrale de San Mamés a réuni dimanche soir l’apôtre absolu du beau jeu et son disciple le plus talentueux. Marcelo Bielsa retrouvait Pep Guardiola, cinq ans après une rencontre quasi-mystique à Maximo Paz, dans la province de Santa Fe. Ce jour lointain d’automne 2006, l’ancien régulateur du Barça n’est que l’embryon d’un entraîneur. Il a humblement traversé le globe pour tester ses intuitions auprès de ses pères spirituels. Après Angel Cappa, Ricardo La Volpe ou César Luis Menotti, Pep se retrouve enfin face à «l’ermite fou», ce technicien nourri d’absolu à qui il voue une admiration sans bornes.
Relaté dans un article exceptionnel du magazine SoFoot*, l’entretien dure une douzaine d’heures autour d’un asado. Guardiola confie son respect infini au 3-4-3 qui condamna l’Argentine de Bielsa en 2002. Les deux hommes visionnent des phases de jeu, débattent puis s’accordent sur «le modèle Van Gaal». Soudain Bielsa interpelle le jeunot: «Pourquoi, vous qui connaissez toute la saleté qui entoure le milieu du football, le haut degré de malhonnêteté de certaines personnes, vous tenez tant à y revenir et vous mettre à entraîner? Vous aimez donc tant ce sang?» Et Guardiola de répondre: «J’ai besoin de ce sang.»
Qu’ont bien pu se dire Bielsa et Guardiola dans les coursives de San Mamés? Oppressés par la horde des micros, électrisés par cette égalisation inespérée de Lionel Messi (2-2), ont-ils pris le temps d’évoquer Maximo Paz? Il me plaît ce matin d’imaginer ces deux esprits rebelles fausser compagnie à leurs couleurs pour s’accouder au zinc d’un café d’Otxarkoaga. J’imagine Bielsa et Guardiola – à moins que ce ne soit Tom Waits et Iggy Pop – pour une de ces nuits hors du temps où seules les digressions ont du sens. C’est beau un schéma tactique quand il se noie dans les volutes de fumée.
*Devenir Pep Guardiola par F. Losada, J. Prieto Santos et A. Furlone, SoFoot no 89, septembre 2011.
Pour le Docteur, son dévoué secrétaire
Mathieu Aeschmann
29.10.2011 22:42 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : tourbillon, fc sion, stade, servette, charmilles, georges haldas, attente, promesse
Descendre à Tourbillon
Et si l’esprit de Tourbillon se cachait dans sa promesse, dans son pèlerinage bien plus qu’au cœur de ses gradins fatigués par le temps? Il plane sur le chemin qui conduit l’amoureux du football de la gare de Sion jusqu’à son stade un envoûtant parfum de possible. Souvent une énergie, une envie. Parfois une méfiance, une odeur de soufre.
Aux antipodes de l’exode industriel et impersonnel qui mène à la Praille, le chemin de Tourbillon se nourrit d’un climax de ferveur silencieuse. Contrairement à la longue et sinueuse montée vers la Pontaise ou à ce déboulé presque précipité sur la Maladière, la route de Tourbillon se révèle juste assez longue pour laisser entrer l’imaginaire. De quoi nourrir impatience et espoirs sans jamais les précipiter.
De George Haldas à Jean-Jacques Tillmann, les écrivains du football n’ont cessé de chanter la magie de l’avant-match. «Une attente dans le calme avec une secrète allégresse, écrivait l’écrivain-philosophe genevois dans sa «Légende du Football». Fraîcheur, paix, jeunesse du monde (quel que soit votre âge) et quelque chose encore, d’absurde et de revigorant, comme une bouffée d’avenir.»
Sur le chemin de Tourbillon, l’avenir est toujours prometteur, parfois même enchanteur. Il rappelle les sorties de métro vers Upton Park ou Stamford Bridge. Mieux, il réveille les souvenirs de la rue de Lyon et du chemin des sports. Sur la route des Charmilles, cette autre destination qui a toujours porté en elle la promesse d’un Tourbillon d’émotions.
Pour le Docteur, son dévoué secrétaire
Mathieu Aeschmann
22.10.2011 14:38 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : football, équipe de suisse, politique, presse, élections fédérales, espace public
Lire sous les casques
Samedi 8 octobre, aéroport de Cardiff. L’équipe de Suisse camoufle sa déception sous des casques volumineux. Les silhouettes absentes, presque hagardes, baladent un masque de la défaite qui ne se reflète que sur les écrans de leurs exutoires numériques. Vers quels rivages surfe donc un footeux au lendemain d’une défaite mortifiante? Coup d’œil fébrile à la presse, réseaux sociaux, boursicotage, parmi le flux des spéculations s’invite une question faussement accessoire. Combien seront-ils parmi ces 18 sélectionnés de l’expédition galloise à remplir leur devoir citoyen deux semaines plus tard lors du grand raout des Elections fédérales?
Pour Xherdan Shaqiri, Admir Mehmedi ou Granit Xhaka, ce 23 octobre 2011 représente une date symbolique, celle du baptême électoral à l’échelle nationale. Comment ces nouveaux porte-drapeaux de notre identité pensent-ils le corps social? Leur caste de talentueux privilégiés cachent-elles des idéalistes, des rêveurs ou même des indignés? Un esprit vagabond me pousse à imaginer Michel Pont expliquant à Johan Djourou les différences profondes qui empêchent Christian Lüscher et Robert Cramer de prendre l’apéro ensemble. Je me représente Marco Wölfli tentant de convaincre son coéquipier Nassim Ben Khalifa que Christa Markwalder ferait dans dix ans une bien meilleure conseillère fédérale qu’Ada Marra.
Utopie, élucubrations, rigolent déjà ceux qui s’accrochent au dogme d’un univers sportif imperméable aux enjeux de l’espace public. Peut-être. Mais selon quels critères? En quoi les considérations politiques d’une enseignante, de l’avocat ou du dernier réalisateur à la mode auraient-elles plus de valeur que celles d’un footballeur? A l’heure d’embarquer sur le vol spécial des illusions perdues, cette avalanche de questions citoyennes demeure en suspens. Tout juste aura-t-elle eu le mérite d’enfanter une ultime interrogation aux accents pénitents. Notre presse trop souvent monolithique est-elle la victime ou le coupable désigné de ce cloisonnement réfractaire à tout mélange des genres?
Pour le Docteur, son dévoué serviteur
Mathieu Aeschmann

