07/09/2012 13:39 Publié dans Sport | Tags : servette, joão alves, hugh quennec, élégance, licenciement | Lien permanent | Commentaires (0)

Deux idées de l'élégance

Servette, João Alves, Hugh Quennec, élégance, licenciementMardi après-midi, João Alves s’est vu retirer pour la deuxième fois en un an son poste d’entraîneur du Servette FC. Et pour la deuxième fois, son employeur a justifié le couperet par un impératif « changement de style, plus moderne, plus technique » (dernier adjectif qui ne veut rien dire puisqu’aucun coach ne va travailler la position du pied de Marcos De Azevedo lorsqu’il tire un coup franc). Au même moment, le technicien portugais accusait sobrement le coup en préférant « se souvenir de trois années fantastiques » et en saluant « de merveilleux collaborateurs ».

Vous avouerez que le contraste sémantique est assez violent.

Il me revient alors l’image de João Alves sortant de son bureau de Balexert en arborant son inusable training Adidas (modèle saison 2000/01). Sur le banc de touche, l’ancien meneur de jeu de Benfica osait même des pullovers aux improbables rayures ou ces chemises à manches courtes qui sentaient bon le dimanche en famille.
Puis Hugh Quennec a débarqué en sauveur, la cravate impeccable et le sourire Colgate. Pour répondre aux lois de l’élégance « corporate », João Alves s’est vu remettre la cravate du club assortie d’une obligation de la porter lors de ses apparitions officielles. Car c’est bien connu: tout business qui se respecte avance ses pions avec élégance.

Seulement voilà, lundi soir alors que son ex-entraîneur déclarait « comprendre » la décision des dirigeants servettiens, Hugh Quennec ne s’embarrassait pas de tant de finesse. Le président grenat aurait pu se contenter de souligner « que le vestiaire ne répondait plus », un constat partagé par tous les suiveurs du club. Mais il préféra s'inquiéter « de la manière dont João Alves comptait traiter les problèmes. Car c'est un entraîneur à l’ancienne et nous avons besoin d'une approche plus moderne. »

La main de fer venait de sortir du gant de velours. D'une petite phrase, elle avait transformé le flair quasi mystique du « druide » en une recette obsolète. Trop vieux, fatigué, bref un rien ringuard. En deux petits mois, João Alves était devenu « has been » aux yeux de son tout jeune CEO, à peine six mois dans le secteur du crampon. 

Mes pensées glissent du coup vers ces foules que l'on déclasse parce que leur expérience devient encombrante. Puis je pense à ce vieux grognard de Sir Alex. Et à la résurrection marseillaise du "has been" Elie Baup. Ce drôle de jugement définitif sur le temps qui passe était-il bien nécessaire? Il manquait en tout cas cruellement d'élégance.

Pour le Docteur, son secrétaire dévoué
Mathieu Aeschmann

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