22.10.2011 14:38 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : football, équipe de suisse, politique, presse, élections fédérales, espace public
Lire sous les casques
Samedi 8 octobre, aéroport de Cardiff. L’équipe de Suisse camoufle sa déception sous des casques volumineux. Les silhouettes absentes, presque hagardes, baladent un masque de la défaite qui ne se reflète que sur les écrans de leurs exutoires numériques. Vers quels rivages surfe donc un footeux au lendemain d’une défaite mortifiante? Coup d’œil fébrile à la presse, réseaux sociaux, boursicotage, parmi le flux des spéculations s’invite une question faussement accessoire. Combien seront-ils parmi ces 18 sélectionnés de l’expédition galloise à remplir leur devoir citoyen deux semaines plus tard lors du grand raout des Elections fédérales?
Pour Xherdan Shaqiri, Admir Mehmedi ou Granit Xhaka, ce 23 octobre 2011 représente une date symbolique, celle du baptême électoral à l’échelle nationale. Comment ces nouveaux porte-drapeaux de notre identité pensent-ils le corps social? Leur caste de talentueux privilégiés cachent-elles des idéalistes, des rêveurs ou même des indignés? Un esprit vagabond me pousse à imaginer Michel Pont expliquant à Johan Djourou les différences profondes qui empêchent Christian Lüscher et Robert Cramer de prendre l’apéro ensemble. Je me représente Marco Wölfli tentant de convaincre son coéquipier Nassim Ben Khalifa que Christa Markwalder ferait dans dix ans une bien meilleure conseillère fédérale qu’Ada Marra.
Utopie, élucubrations, rigolent déjà ceux qui s’accrochent au dogme d’un univers sportif imperméable aux enjeux de l’espace public. Peut-être. Mais selon quels critères? En quoi les considérations politiques d’une enseignante, de l’avocat ou du dernier réalisateur à la mode auraient-elles plus de valeur que celles d’un footballeur? A l’heure d’embarquer sur le vol spécial des illusions perdues, cette avalanche de questions citoyennes demeure en suspens. Tout juste aura-t-elle eu le mérite d’enfanter une ultime interrogation aux accents pénitents. Notre presse trop souvent monolithique est-elle la victime ou le coupable désigné de ce cloisonnement réfractaire à tout mélange des genres?
Pour le Docteur, son dévoué serviteur
Mathieu Aeschmann


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