05.10.2011 13:11 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : art, best, football, francescoli, garrincha, javier pastore, socrates
Javier Pastore et l'argent
N’en déplaise aux pingres de l’Hexagone qui ont traversé leur été à dénoncer une arnaque. Ou même aux donneurs de leçons qui se gargarisent depuis trois semaines à grand renfort de: «Je vous avais dit que 42 millions restaient une somme très abordable pour un gamin de cette trempe.». Réduire Javier Pastore à de simples contingences pécuniaires transpire l’ignorance et, plus encore, la vulgarité.
Pour s’en convaincre, une relecture des considérations esthétiques d’un certain Immanuel K. rappelle cette vérité infaillible. Le Merveilleux n’a pas de prix. Contrairement à l’expression de la beauté qui permet un regard objectif et quantifiable, le sublime dépasse l’entendement. Il bouscule, dérange, émeut. Chacune de ses apparitions échappe à tout jugement de valeur car il transporte le sujet qui l’observe.
Regarder Javier Pastore est une rencontre avec le sublime. Avec El Flaco, la plus insignifiante des passes éblouit par son évidence. Quant à sa conduite de balle, elle semble inventer une forme déroutante de fusion homme-ballon. «Un flamant rose prêt à s’envoler», décrit le biomécanicien Jean-Benoît Morin dans L’Equipe de ce jour. «Un danseur de tango», reprend la chorégraphe Armelle van Eecloo. Tous unis dans une forme de fascination transcendantale.
Le meneur de jeu argentin est-il décisif? Marque-t-il? Fait-il marquer? En ce moment oui. Et avec une maestria envoûtante. Mais ces questions historiquement essentielles de la chose footbalistique perdent tout leur sens au contact de Javier Pastore. Car cet Argentin au regard perdu pourrait manquer cent contrôles dans un match qu’il fascinerait toujours autant. Peut-être qu’El Flaco ne gagnera la Ligue des Champion ou le Ballon d’or. Peu importe. Il est déjà le digne héritier des Garrincha, Best, Socrates ou Francescoli. Cette caste en équilibre entre le jeu et l’art.
Pour le Docteur, son dévoué secrétaire
Mathieu Aeschmann


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