21.02.2012 11:49 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nicoals anelka, raymond domenech, l'equipe, vincent duluc, didier braun, irlande-france, dézoner
Nicolas Anelka, ce coupable idéal
Parmi ces rituels rassurants de notre quotidien, il existe des rendez-vous rares qui invitent à l’évasion sans brusquer. Qui proposent sans imposer. Deux chroniques publiées régulièrement dans l’Equipe appartiennent à cette seconde catégorie. Il y a l’instantané rond et subtil que Didier Braun loge quotidiennement dans sa « lucarne ». Et puis l’envolée du mardi de Vincent Duluc, riche de ses multiples perspectives, toujours délicieusement alambiquées.
Cette semaine, le chef de la rubrique football s’attarde sur la personnalité de Nicolas Anelka. Il se sert du documentaire de Canal +, l’Entrée des Trappistes, pour tenter de pénétrer la psyché de l’insaisissable Nico. On plonge dans un flash-back au cœur d’une conversation avec ses contemporains Jamel Debbouze et Omar Sy, lorsque l’attaquant des Shanghai Shenhua pointe du doigt la soirée qui a tout changé.
Fascinante surprise, le point de rupture – qui conduira à la catastrophe de Krysna – est en réalité un soir de victoire. Mieux un soir de triomphe personnel. Ce 14 novembre 2010, Nicolas Anelka inscrit le seul but d’un succès capital à Dublin en barrage-aller de la Coupe du Monde. « J’avais le sentiment d’avoir fait quelque chose de bien pour mon pays (…) Et non, ce n’était pas assez. Les mecs, la presse, n’avaient pas envie que ce soit moi. A partir de ce moment, je me suis dit rien à foutre. »
Quel crime a donc commis Nicolas Anelka dans la nuit irlandaise ? Il tient en un mot : « dézoner ». Seul attaquant nominal de l’équipe, le joueur de Chelsea n’avait alors cessé d’aller rechercher le ballon loin au cœur de son milieu de terrain. « Caprice d’enfant gâté », « ingérable tactiquement », s’était sentie obligée de railler la presse spécialisée, trop contente de prendre cette attitude comme preuve irréfutable de l’absence de gestion de Raymond Domenech. Facile. Trop facile.
Or un coup d’œil rétrospectif sur cette fameuse rencontre, montre tel un miroir grossissant les lacunes que l’équipe de France affichera jusqu’à son implosion. Jeu stéréotypé, incapacité à s’infiltrer dans les intervalles et rythme monotone. Un seul journaliste a-t-il envisagé ce soir-là que Nicolas Anelka avait « dézoné » pour créer cette étincelle introuvable, pour bouger les lignes et provoquer le décalage ? Non. Car dans l’imaginaire collectif Nicolas Anelka n’est pas capable de penser à autre chose qu’à lui. Il n’est pas Didier Deschamps et ne sait pas « penser collectif ». Ne pas avoir envisagé cette lecture me choque. Elle confine à la faute professionnelle, pire, au délit de sale gueule.
Pour le Docteur, son secrétaire de l'au-delà
Mathieu Aeschmann
11.01.2012 12:45 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : lionel messi, fc barcelone, transfert, ballon d'or, histoire
Messi ou le dilemme de l'admirateur
Observer Lionel Messi à l'oeuvre est un régal. Le genre de bonheur simple qui transcende les présupposés tactiques et réconcilierait presque les dogmes partisans. Quand le talent s'incarne avec une telle évidence, il laisse bouche bée. Unifiant dans un silence admiratif le peuple des suiveurs.
Pourtant lundi soir, l'image de "la puce" présentant son troisième Ballon d'or à l'aréopage cravaté du football mondial suscita en moi un dilemme, capable de se transformer en débat de chiffonniers. Pour devenir un jour le "plus grand de tous les temps", Lionel Messi doit-il rester ou partir? Autrement dit, pour être admiré au plus près de ses extraordinaires aptitudes, le soliste de Rosario doit-il à jamais s'inscrire dans le collectif hors norme du FC Barcelone? Ou au contraire, prouver qu'il est capable de transcender le jeu de n'importe quel autre grand d'Europe?
La première hypothèse promet un déluge d'actions aux confins de la complicité. Enfant de la Masia, Lionel Messi est l'ornement au sommet d'une cathédrale érigée avec patience et savoir-faire. Il est le sublime rendu unique par la beauté qui l'entoure. Or à 24 ans, l'Argentin peut encore faire chanter le Camp Nou pendant presque une décennie. Thiago Alcantara aura alors remplacé Xavi. Et les accélérations de Victor Sanchez ou de Neymar auront eu raison des vieilles jambes de Don Andrés. Mais peu importe. Puisque les artistes passent et le tour de magie demeure.
La seconde anticipation privilégie l'expression individuelle, la logique économique et le risque. A priori moins romantique, elle se pare cependant d'un double argument ravageur. D'abord celui du doute, sournois et persistant, qu'il s'agit de lever. Et si Lionel Messi n'avait pas Xavi et Iniesta derrière lui? Brillerait-il autant ou se noierait-il dans trop de dribbles inutiles comme avec sa sélection Albiceleste? Ensuite celui fantasmatique du talent universel. Leo pourrait-il amener Rafael van der Vaart et Luka Modric sur le podium du Ballon d'or s'il jouait à Tottenham? Arsène Wenger et ses gamins gagneraient-ils enfin la Ligue des champions avec l'extraterrestre derrière Robin van Persie?
Avouez que ces fantasmes sont presque aussi attirants qu'un Messi à vie en blaugrana.
Pour le Docteur, son secrétaire de l'au-delà
Mathieu Aeschmann
05.12.2011 13:37 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : socrates, hommages, brésil 1982, docteur, mort, démocratie, socialisme
La mort d'une utopie
Le Docteur s'en est allé dimanche matin, finalement emporté par les djinns des nuits paulistes. Forcément injuste et précipitée, sa révérence plonge le peuple des footballeurs dans une interminable saudade. Celle qui célèbre un Âge d'or à jamais disparu. Une utopie envolée pour toujours.
Car Socrates était une utopie.
D'abord celle du footballeur absolu. Un capitaine, un guide. Au service de ses partenaires et, surtout du ballon. Véritable tour de contrôle et d'élégance, Socrates possédait la nonchalance seigneuriale de ceux qui aiment offrir. Il était ce numéro 8 floqué dans son dos. Le gardien du tempo et des équilibres. Ce compagnon d'ivresse des créateurs lorsque les une-deux endiablés enchantaient les foules. Mais aussi le frère de labeur des lignes arrières et de son compère Falcao quand la créativité carioca prenait des faux airs d'anarchie.
Socrates incarnait également l'utopie d'un football total, trop beau pour se soumettre au diktat du résultat. La Seleção de Tele Santana (82-86) dont il porta fièrement le brassard partage avec la Hollande des seventies et la Hongrie de Puskás le titre sublime de "meilleure équipe de tous les temps à n'avoir rien gagné". Au milieu des Junior, Serginho, Zico, Eder, Falcao ou Cerezo, Socrates régalait. «Il ne faut pas jouer pour gagner mais pour que l'on ne t'oublie pas», déclara-t-il un jour comme une évidence. Quiconque s'est fait ensorceler par cette équipe du Brésil aux cuissettes moulées, n'oubliera jamais son bonheur (voir vidéo ci-dessous). Quiconque l'a vu attaquer sans relâche ce 5 juillet 1982 alors qu'un match nul lui assurait les demi-finales, pleure encore aujourd'hui l'insolente réussite de Paolo Rossi.
Enfin le "Docteur Socrates" portait haut l'utopie d'un sport-citoyen. Pédiatre, humaniste, révolutionnaire, il réunissait en lui le joueur "fuoriclasse" et l'homme de valeurs au service de la collectivité. Rêvant d'un socialisme parfait au cœur de la dictature militaire, Socrates avait instauré "la démocratie corinthiane", système d'autogestion inédit qui faisait reposer toutes les décisions du club sur la concertation de ses salariés. Depuis quelques années, les dérives autocrates du football moderne l'avaient plongé dans une nostalgie sans retour.
Plus que son Docteur adoré, le monde du ballon a perdu dimanche matin un remède, le remède. L'utopie d'un autre football.
Son secrétaire dévasté
Mathieu Aeschmann
VIDEO: Brazil 1982 - A tribute to the art of football

